Née à Paris en 1964, Claude Buraglio a des racines urbaines et un parcours académique implanté dans les pavés de l’École Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris et de l’ENSAP de Cergy-Pontoise. Elle fera le choix de « prendre ses distances », de s’éloigner des pavés pour vivre dans le Lot-et-Garonne. Ce besoin vital de respiration, on peut le retrouver dans ses dessins et linogravures au masque à gaz, avec la série « le mors aux dents ».
Son travail de lithographie sur les formes, celui du corps, surtout féminin, porte un regard curieux et « à distance » sur une représentation pouvant suggérer une autre réalité. 
Selon Pierre Wat, « Claude Buraglio fabrique des images avec d'autres images. Images empruntées, qu'elle puise dans des revues érotiques ou populaires des années 30.  Images suggérées, également : car, loin de se contenter d'une simple reprise, d'un pur jeu de délocalisation, l'artiste découpe, recadre, lithographie, change d'échelle, morcelle… ces opérations comme autant de manières de faire entrer ces images-là̀ dans le champ de l'art. Non seulement parce que ces gestes sont ceux du peintre, mais aussi parce que, travaillant ainsi, elle fait soudain surgir l'Olympia de Manet sous la prostituée, le torero mort, derrière le boxeur K.O. 
(…) Pour voir, il faut reculer, se tenir à distance. C’est en faisant cela, en tenant à distance – comme on dit tenir en joue – que Claude Buraglio donne naissance à une œuvre. Une œuvre tendue entre violence et beauté. Une œuvre dans laquelle l’artiste oppose à la brutalité des images une tout autre forme de brutalité : technique et salvatrice. (…) » *
Cette distanciation-confrontation, Claude Buraglio la porte aussi sur les formes de la nature. Dans la série Souches et racines, peintures sur papier recyclé et carton d’emballage, ou gravées sur linoléum, elle s’attache plus à représenter la souche que l’arbre lui-même : c’est la racine même qui l’intéresse. Et, de façon marquante, les plantes qu’elle représente sont majoritairement des piquantes : l’aloès, la figue de barbarie ou le cactus ont ce caractère saillant, piques et épines sur la défensive, protégeant d’autant mieux la sève.
Dans une mise à distance en volume, les « installations » de papiers mâchés recouvrent avec fidélité les contours de la nature, jouant sur la note du vrai-faux. Souches, mais aussi coings, poires, navets, potimarron de son jardin deviennent ses modèles. 
« Je tire un fil J'élargis le sujet à la nature morte. Il n'y a pas de mise en scène, le sujet existe, là devant mes yeux… J’évoque "l’installation au sens littéral, action d’installer “mettre quelque part” ou “n’importe où”, car il s’agit d’un arrangement dans l’espace de ces objets en papier (…) Pauvreté du matériau, simplicité de la mise en œuvre et immédiateté du sens et de la poésie qui s’en dégage. 
Ce carton devient comme de la terre glaise épaisse, lisse et modulable. J'aime assez l'idée que ce contenant utilitaire universel, voué à la destruction ou au recyclage, puisse se muer en un objet à regarder… Ces objets "de rien" fabriqués avec pas grand-chose, évoquent les Guitares et les Têtes de mort de Picasso. Il y a un peu d'ironie à installer et mettre en scène ces objets en carton recyclé à la manière des peintures classiques de Vanités... Ces formes prosaïques et courantes apparaissent sous un point de vue nouveau. Pas de grille de lecture particulière, ils sont... objets et sujets. Qu'il soit végétal, minéral ou organique, l'objet devient sujet qui redevient objet : Volume. »
À la manière d’un Archie Rand qui revendique avec humour une technique dédaignée d’impression à la pomme de terre, le recouvrement du végétal voué à disparaître, représentatif du quotidien, par une technique d’art dit « pauvre », est un surpassement de vanité. Parfaite association avec « A l’économe », ensemble de « simples » pommes de terre en filet ou sur un torchon, en cours d’épluchure.

(*) Références citées : WAT, Pierre, « Tenir à distance » – 1998.
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