Marinette Cueco (1934-2023)
Marinette Cueco est une terrienne née en Corrèze. Soutien de famille passée par l’école normale pour accomplir une carrière engagée dans l’enseignement, elle évolue d’abord discrètement dans le monde de l’art contemporain auprès de son mari Henri, artiste au nom déjà très reconnu. Tandem inébranlable.
Chacun de ses engagements est véritable, d’une authenticité enracinée, procédant de la façon la plus évidente et la plus naturelle. D’une génération qui a connu la guerre et d’une époque paysanne qui sait tout faire et tout réparer, Marinette tisse depuis toujours. Elle file, pelote, assemble, crochète, tricote et coud. Elle coud les vêtements de la famille dans les tissus qu’elle confectionne, évidemment.
Dans cette même évidence, elle fait fil de tout ce que la terre peut donner. De fil en brin d’herbe ou de carex, Marinette s’empare de la nature, tresse, entrelace et compose à même la terre. Suivant son propre chemin dans le monde de l’art, Marinette devient artiste à part entière : elle se fait un prénom (elle s’appelle en fait Andrée). Si on appelle son mari Cueco, on parle désormais de « Marinette » et son travail contribuera à définir le statut de l’art textile, végétal et minéral dans le champ de l’art contemporain.
Je ne suis pas peintre puisque je ne fais pas de peinture. Je ne m’estime pas sculpteur, parce que la mise en forme que je peux réaliser n’est pas l’essentiel.
C’est juste une espèce de mise en ordre. Je ne suis pas non plus paysagiste, parce que je ne veux pas créer un paysage dans sa structure.
Donc je ne connais pas de mot.
confie-t-elle à Rachel Stella et Pierre Aubry, en 1997 dans L’Almanach d’Henri et Marinette, regarder avec les Cueco(TIP-TV, online, DAP).
Et pourtant, tout à la fois, elle écrit, elle sculpte, elle dessine, elle « paysage » avec la plus grande poésie : elle « met en ordre » les figures végétales ou minérales, elle en comprend l’harmonie des formes, des textures et des couleurs, qui deviennent sa palette et son dictionnaire.
Cueilleuse rigoureuse et attentive, à la façon des plus grands botanistes, Marinette observe, glane, collecte, consigne et dispose les spécimens pour composer avec ce lexique autant d’herbiers, herbailles ou herberies. Si elle nomme, titre et étiquette rigoureusement les plantes de leurs noms savants latins et familiers, elle-même restera entièrement libre de toute étiquette.
« Son art se fonde sur la confusion, savamment entretenue, entre un matériau végétal à l’état naturel et l’expression artistique à base de plantes à peine transformées. » (Rachel Stella, Marinette Cueco, de l’herbier au monochrome, exposition à la galerie Ceysson & Bénétière, Lyon, juin 2025).
Selon Danielle Molinari « Le rapport à la nature d’artistes du Land Art comme Richard Long ou Christo, par exemple, est sans commune mesure avec celui de Marinette. La différence d’échelle, la monumentalité, la technologie requise, la recherche d’espaces pouvant accueillir une œuvre sans rapport direct avec l’environnement immédiat, ne peuvent être comparées au « Land Art de proximité » de Marinette et à ses tressages d’herbes dans les jardins » (Marinette Cueco : herbes, monographie, Paris, Lienart, 2022, citant également un entretien avec Evelyne Artaud dans Itzhak Goldberg, Marinette Cueco, Cercle d’Art, 1998).
Totalement libre et détachée de toute dénomination, Marinette est simplement et naturellement une artiste enracinée, qui aura suivi ses propres ramifications au gré des saisons et de ses glanages itinérants.
Références citées:
MOLINARI, Danielle, Marinette Cueco : herbes, monographie, Paris, Lienart, 2022.
STELLA, Rachel, Marinette Cueco, de l’herbier au monochrome, exposition à la galerie Ceysson & Bénétière, Lyon, juin 2025.
CUECO, David, Les Cueco, desseins entrelacés, Paris, chez l’auteur, 2025.