Ipoustgéguy (Jean Robert, dit. 1920-2006)
Jean Robert est né et mort dans la Meuse, enraciné dans l’Est de la France. Entre temps, il a pris le nom de sa mère et est devenu Ipoustéguy, peintre et sculpteur français des plus reconnus de la deuxième moitié du XXe siècle, qui a vu ses œuvres exposées et installées dans les plus grandes villes du monde en Europe, aux Etats-Unis, en Australie…
En 1920, la terre lorraine est encore empreinte du sang de nombreux soldats. Dans les veines de Jean Robert coule indéniablement cette mémoire qui l’attache d’une façon toute particulière à la terre. Ayant toujours dessiné ce qu’il voyait, il s’inscrit aux cours du soir de dessin de la Ville de Paris, où vit la famille depuis 1937. Il ne suivra pas les destinés familiales, il ne deviendra ni menuisier, ni fondeur, ni agriculteur.
Mais la terre reste en lui et il l’exprimera en malaxant la glaise et en lui donnant des formes de vie. En témoigne La Terre, dès 1962, qui prend les formes nourricières d’une femme de bronze. Il exprime la nature (iris, pommes, poires, cerises, feuilles…), mais plus généralement la vie et l’être humain dans sa mécanique et son anatomie, parfois sous forme d’écorché, souvent sous forme d’instantané : la vie figée dans une action (Homme passant la porte, Mort du Frère ou Scène comique de la vie moderne, Femme au bain, etc.). 
Bronze, marbre, fonte de fer, tôle ou assemblages divers, son œuvre reste complexe entre abstraction et figuration, dominé par les thèmes de mort et de renaissance sur fond de sexualité et d’érotisme, en tension entre souffrance et suavité, douceur et violence, intime et universel. Des œuvres parfois dérangeantes qui reflètent son refus des compromissions, un esprit fort - fort en gueule, aussi, assez provoc.
Loin des excès de sociabilité, le berceau de sa création est à Choisy-le-Roi dans son atelier, niché dans un jardin extraordinaire, planté autour d’un bassin et où vivent en liberté plusieurs de ses œuvres. Ce jardin, partie intégrante de l’atelier, est indissociable de sa création et la nature est un modèle vivant. Au tournant des années 1980, dans une recherche esthétique expérimentale, Ipoustgéguy dispose et met directement sous presse les plantes de ce jardin-atelier, jouant avec leur matière et leur empreinte, manipulant les techniques de l’herbier en y ajoutant quelques touches de couleur. Mélange organique de plantes, d’aquarelle et d’encre, ces "impressions naturelles" sont le fruit d’une forme d’écriture spontanée en association libre : un duo entre l’homme et la plante. La nature, à la fois sujet et outil, devient un moyen d’exploration, qui l’amènera aussi dans la même période à considérer les ombres et à les intégrer dans son travail.
S’il est plus connu pour ses sculptures monumentales, ses œuvres sur papier, estampes, aquarelles, dessins, fusains et herbiers, moins exposées, révèlent un Ipoustéguy plus intime, sensible à la fragilité du vivant et à sa résistance. Elles constituent une clé de lecture complémentaire pour comprendre la diversité et la richesse de son univers, entre brutalité et délicatesse, au service d’une réflexion sur l’homme, son rapport au monde et à la nature.
MONNIN, Françoise, Ipoustéguy, sculpteur, Serge Domini Editeur, 2016.
Epoustouflants Ipoustéguy, dans Benoit, Art Magazine, 3 septembre 2020.
Ipoustéguy côté jardin, dossier de l’exposition à Galerie Gallix, 2022.
PREAUD, Maxime, exposition Ipoustéguy, côté jardin, Galerie Gallix, 2022.
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