Poirier, Anne et Patrick, L'orchidée, 2024. ©Gal Mitterrand
Poirier, Anne et Patrick, Archives, Mesopotamia. ©Gal Mitterrand
Poirier, Anne et Patrick, Fragilita, ©Gal Mitterrand
Anne et Patrick Poirier (1942)
« Anne et Patrick Poirier, depuis longtemps, font de nous ce promeneur qui pénètre avec crainte et bonheur dans l’espace où se fondent les images du rêve et de la mémoire. » Georges Raillard, Quinzaines n°999, 16 septembre 2009.
Le travail d’Anne et Patrick Poirier s’inscrit dans une dialectique protéiforme et poly-sémantique. Leur œuvre commune comprend plusieurs dimensions, abordant le plus lointain de l’antiquité jusqu’à un futur imaginé, plus ou moins proche, souvent déjà en ruine. Imprégnés de récits de Homère et de Hésiode, comme des recherches psychanalytiques des XIXe et XXe siècles, ils se positionnent comme archéologues de l’âme, architectes de la conscience, disséquant les méandres de la mémoire et de l’oubli.
Des modélisations miniaturistes ou gigantesques, reconstitutions fidèles, imaginées ou rêvées, aux installations monumentales, jusqu’aux lustres magistraux « Le Monde à l’envers », ils témoignent sans relâche d’une civilisation construite et déconstruite, portant un regard lucide sur les dysfonctionnements de l’humanité. La théogonie étant l’une des structures fondamentales de leur univers, le cosmos et la nature y tiennent une grande part et sont mis en perspective avec le chaos des civilisations.
Leur démarche implique fouilles, explorations, errance physique et mentale, observation, collecte, registre et consignation. Le journal est une partie intégrante de ce travail de recherche et de fait, les journaux-herbiers sont des éléments forts de ce corpus.
Le geste taxinomique et la consignation de feuilles ou pétales, trouvés au gré de leurs « fouilles », marqués ou tatoués, conservés dans la cire ou déposés sur Cibachrome, participent de cet immense travail sur la mémoire et la fragilité, ou la mémoire de la fragilité.
Ultime fragilité : le tatouage, empreinte à vie et pour mémoire, est marqué sur un pétale, éphémère absolu, et la photographie fixe cette mémoire avant disparition et oubli. L’ironie voudra que le procédé de tirage argentique en couleur « Cibachrome » lui aussi disparaisse avec la faillite de la marque Ilford, et l’épuisement des stocks de papier et de chimie en Europe.
« En fait, ces pétales sont des vanités, au même titre que les minuscules maquettes de sites ruinés ou les éboulements monumentaux, qui tentent encore et encore de parler du corps et de la mort » nous dit Evelyne Toussaint (Anne et Patrick Poirier, vade-mecum, La Lettre volée, Bruxelles, 2007).
L’œuvre entier, empreint de mémoire, est l’ouvrage de leur âme commune, indéfectiblement associée à celle de leur fils Alain-Guillaume, qui ajoute, entre autre, une dimension sonore à l’ensemble. Son médaillon figure sur leur double épée d’académiciens : la musique des sphères est le lien évident entre l’œuvre physique et l’œuvre spirituelle des Poirier.
Références citées
« Une manière d’être, un comportement face à la vie. » Entretien d’Anne et Patrick Poirier avec Sylvie Couderc, Anne et Patrick Poirier, Fragilité. Amiens, musée de Picardie, 1996, cité par Evelyne Toussaint.
TOUSSAINT, Evelyne, Anne et Patrick Poirier, vade-mecum, La Lettre volée, Bruxelles, 2007.
MARTIN, Laure (dir.), Anne et Patrick Poirier, vagabondages argentiques, 50 ans de bricolage photographique, catalogue de l’exposition présentée à la Maison européenne de la Photographie, Paris, MEP/Flammarion, 2017.