Avec
Claude Buraglio, Marinette Cueco,
Markus Hansen, Jean Ipoustéguy,
Violaine Laveaux, Christine Ljubanovic,
Anne et Patrick Poirier, Archie Rand, Yann TOMA...
Markus Hansen, Jean Ipoustéguy,
Violaine Laveaux, Christine Ljubanovic,
Anne et Patrick Poirier, Archie Rand, Yann TOMA...
Ipoustéguy, impressions naturelles, 1979
Christine Ljubanovic, Pavots, Photogramme, 1999.
Anne et Patrick Poirier, Le Journal d'Ulysse, 2021. © G. M.
« La mission de l’art n’est pas de copier la nature,
mais de l’exprimer ! »
nous fait dire Balzac dans
Le Chef d’œuvre inconnu (1832).
En collaboration avec Rachel Stella,
La librairie & Galerie Saint-Michel accueille, au printemps 2026,
des artistes qui s’emparent littéralement de la nature pour l’exprimer.
S’éloignant des méthodes de classification scientifique de l’herbier,
la fibre végétale se fait matrice et instrument dans la main de l’artiste.
Emprunts et empreintes :
les artistes utilisent directement le végétal pour exprimer la nature
sans pour autant la recopier.
Si Ipoustgéguy s’est emparé de plantes pour les disposer et les mettre sous presse dans une recherche esthétique expérimentale, jouant avec leur matière et leur empreinte, en y ajoutant quelques touches de couleur, Marinette Cueco est une cueilleuse rigoureuse et attentive qui glane, collecte, consigne et dispose les spécimens pour composer avec leur propre lexique. Son art se fonde sur la confusion, savamment entretenue, entre un matériau végétal à l’état naturel et l’expression artistique à base de plantes à peine transformées.
Pour Anne et Patrick Poirier, archéologues de l’âme, le geste taxinomique et la consignation de feuilles ou pétales, trouvés au gré de leurs « fouilles », marqués ou tatoués, conservés dans la cire ou déposés sur cibachrome, participent de leur immense travail sur la mémoire et la fragilité.
Les « Shadow Herbarium » photographiés par Markus Hansen traduisent l’empreinte, la trace immuable d’une matière végétale disparue ou en disparition, saisonnière ou totale, quand les photogrammes de Christine Ljubanovic mettent en lumière directe les fibres, feuilles, fruits ou pavots en graines qui dessinent eux-mêmes leurs propres contours, créant un effet visuel que l’on pourrait rapprocher de son regard photo/graphique sur les alphabets et différents glyphes.
Dans une tout autre approche, Claude Buraglio emploie le carton recyclé (la pâte de papier provenant en partie des arbres) pour recouvrir fruits et légumes et penser la nature dans son volume, soulignant : « qu’il soit végétal, minéral ou organique, l’objet devient sujet qui redevient objet ».
Également en volume, le travail de Violaine Laveaux avec les éléments organiques relève de l’immanence. Terrienne invétérée, glaneuse-cueilleuse, son trait est une branche de rosier banksiae ou de carex, et son pinceau recouvre les fleurs de porcelaine. Il en ressort une nature transformée, figée dans une poésie fine et délicate.
Quant à Archie Rand, s’il imprime à la pomme de terre, avec un brin d’humour, reconnaissant son usage plus connu en école maternelle que dans les ouvrages de référence consacrés à l’estampe, il convient que “la gravure sur pomme de terre vient avec peu de prétention (…) comme technique de couverture dérisoire en hommage à la culture non industrielle. (…) Elle est vivante. Elle se décompose. Elle ne peut être imprimée que pendant un certain temps après que sa surface a séché (…). La pression est toujours irrégulière. Il n'y a pas d'épreuve d'essai - chaque impression est unique” (Potato Prints, Cone Editions,1988).
Tous ont un rapport particulier et personnel à la nature, un lien indéfectible aux racines et à la terre. Recherche ou trouvaille, collecte ou collection, observation, classification ou accumulation, disposition ou révélation, les artistes trouvent dans la palette végétale une matière, une texture et des couleurs pour composer directement avec ce vocabulaire, pour imprimer et exprimer la nature.